sexta-feira, 25 de março de 2011

DES LIENS ET DES RAPPORTS.

Le thème des relations amoureuses, est le sujet de conversation préferé de bien des gens aujourd’hui. Certain jour, mon ami G., un français qui a habité en Afrique pendant un certain temps et qui croit être une véritable autorité sur son peuple, m’a parlé de son désir d’embrasser la polygamie. Pour lui, et il insiste, c’était impossible satisfaire ses besoins – sexuels, emotionels, intelectuels – avec une seule femme. Ça ne m’a pas surpris parce ce que je connaissais bien cet ami et ses idées saugrenues . De plus , j’avais déja lu un livre sur l´histoire de la construction de l’imaginaire masculin occidental sur les « harem » - « Scheherazade Goes West » par la sociologue et écrivaine marroquine, Fatema Mernissi. Celle-ci décrit la longue tradition discursive des hommes qui cultivent ces fantasmes : ils s’imaginent toujours entourés par des belles femmes, sensuelles, sexuelles, jeunes et bien disposées à leur procurer du plaisir. Je n’ai donc pas hesité à protester avec mon ami, "Ce que peut être paraître interessant pour toi, ne serait jamais le choix des femmes".


C’est ainsi qu’est née ma grande curiosité pour la realité des femmes et familles africaines qui demeurent dans cette structure. Je connaissais seulement les textes de Mernissi, ses mémoires qui racontent principalement des situations où les femmes utilisent des méthodes ingénieuse voire violentes pour résister ou se moquer des règles et coutumes patriarcales . Elle a dit, par exemple :

"In my native Fez medina, women staged huge uproars when their husbands married a second wife, holding funeral-like protests, during which their friends and relatives wailed along with them in the harem courtyards. The fact that polygamy is institutionalized by male law does not make it emotionally acceptable to women. Many queens, as historians have written, suffocated or choked their husbands’ plans to acquire a second wife, or when the rival actually arrived in the home. Still other historical records show that it was often the women who were the victims of [another woman’s] jealousy.” (p. 156)

Après un temps, j’ai connu un professeur africain, directeur d’un lycée dans un des pays les plus pauvres de d’Afrique de l’Ouest . Un jour, je lui ai posé des questions sur la polygamie, sur les visions et le vécu des Africains de son pays. Le professeur, une personne très reflexive, m’a répondu initialement à partir de sa propre expérience :

"..de part mon éducation, il me serait très difficile de parler de çela ,sans parti pris, car dans la famille dont je suis issu, tout marchait bien. Je me sens plus heureux avec mes deux mères. La preuve en est qu’alors que ma propre mère ne vit plus, j'ai toujours l'impression d’avoir une autre mère."

Ensuite, il m’a proposé son aide pour obtenir une perspective « plus réaliste », en faisant un sondage auprès de ses élèves afin de mieux comprendre l’évolution des points de vue de la jeunesse. Tenant compte des bouleversments liés aux transformations et à l globalisation du monde, les premiers resultats de l’enquête ne me paraissent pas remarquables : des 159 élèves garçons et filles, de 11 à 14 ans ou plus, 14,46% sont « pour la polygamie » (16,98% des garçons et 9.43% des femmes) et le 85,54% des élèves (83,02% des garçons et 90,57% des filles) sont « contre ».

Tout d’abord selon les statistiques connues, les societés qui pratiquent la polygamie , sont presque exclusivement de type « polygynie ». L’homme se marie avec plus d’ une femme ; la situation inverse est peu commune. Si pour mon ami Monsieur G., bien amusé avec son imaginaire « orientaliste » ( pour reprendre le concept d’ Edward Said, enrichi des significations de Mernissi !) et libéral, la polygamie peut permettre « les mêmes possibilités » de liberté et de plaisir aux hommes comme aux femmes. Mais je sens que son argument n’est pas très consistant…Sa proposition est une possibilité presqu’exclusivement théorique, face à la realité historique et culturelle du pouvoir patriarcal et ses infléchissements entre autres religieux et économiques.

On peut argumenter à partir d’autres critères, par exemple en s’appuyant sur les affirmations d’une fille qui a participé à l’enquête de mon ami directeur de lycée. Cette fille fait partie du petit groupe qui s’est prononcé « pour la polygamie »,

"Je suis pour la polygamie parce que si j’étais à la place de mon père j’aurais dû me marier à deux femmes car si tu te maries avec une seule femme au cas oú elle est stérile oú au cas ou elle meurt que ferras-tu ? Une famille polygame permet d’avoir beaucoup d’enfants et permet d’être entouré quand tu serras vieux."

Ce témoignage offre il est vrai une perspective sur le mariage très différente de celle qui est à la base de l’amour passion/amour romantique – un autre mythe de notre culture occidentale moderne, liée à la naissance de l’ individualisme, de la famille dans sa version bourgeoise et protestante et, peut être, des nouvelles formes de domestiquation des femmes. Dans l’énoncé ci-dessus nous pouvons observer l’importance des questions materielles, des besoins de survie des personnes, de leurs préoccupations pour la réproduction des générations – et parfois, peut-être, des formes de solidarité inconnues parmi nous, « les occidentaux ». Mais ces relations provoquent aussi on beaucoup de malaises, de rivalités et de conflits. Dans leurs récits de femmes du monde arabe et africain que je découvre à travers les oeuvres de Mernissi et des sénégalaises Mariama Bâ et Fatou Diome, la polygamie n’est pas apreciée par les femmes. Elle est au contraire, clairement representée comme un système qui produit de la souffrance et limite la liberté, les choix et les actions des femmes. Parfois, elle est à l’origine des pires humiliations ou brutalités. Ramatoulaye, personnage du roman de Mariama Bâ, Une si longue lettre, en réflichissant à son expérience et celle des autres femmes au sein des structures polygames, en rêvant d’ une autre vie possible, a dit :

"...being the first pioneers of the promotion of African women, there were very few of us. Men would call us scatter-brained. Others labeled us devils. But many wanted to possess us. How many dreams did we nourish hopelessly that could have been fulfilled as lasting happiness and that we abandoned to embrace others, those that have burst miserably like soap bubbles, leaving us empty-handed ?"

Moi, je dirais que nous, hommes et femmes « occidentaux », emmènons notre propre baggage, produit d’une histoire qui converge et diverge avec celles des autres peuples. Je suis plutôt incliné à être d’accord avec le point de vue de Martha Fineman, chercheuse américaine, lorsqu’elle dit que nous n’avons pas de besoin de faire appel à l’ État pour sanctionner nos relations intimes, mais bien (exclusivement) pour garantir les soins et les droits des personnes vulnérables – les enfants, les anciens, etc. Si la societé (État, économie, culture etc. ) promouvait vraiment les droits de tous, la nécessité du mariage comme forme de subsistance, pour n’importe qui, disparaitrait… Et nous aurions davantage de liberté pour rechercher les formes diverses d’intimité, de sexualité et de solidarité qui nous plaisent...

Ah, mais ceci est une autre histoire, aussi longue, que je laisserai pour un autre jour...

[Remerciements à Pierre et Germano, pour la révision!)

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